29 septembre 2009
Affaire KAKUTA
Récemment, la presse sportive nous a parlé de l’ »affaire Kakuta », intéressante à plus d’un titre, pour qui s’intéresse de près à l’environnement juridique et économique du football.
Gaël KAKUTA était un jeune joueur très talentueux de 15 ans qui avait signé, avec le RC.Lens, un contrat aspirant à effet différé, promettant de signer, ce contrat de travail, en faveur de Lens dès l’âge de 16 ans.
Aux 16 ans du joueur, Lens a voulu appliquer ce contrat et le récupérer, mais son père n’était plus d’accord. Le joueur refuse de signer la convention de formation, et comme le contrat aspirant n’a de valeur que lié à une convention de formation, le dossier du joueur ne peut pas être enregistré.
En effet, entre temps, le joueur a été sollicité par le club anglais de Chelsea, qui selon certains chiffres évoqués, aurait proposé une prime à la signature d’un million d’euros et un salaire mensuel de 30 000 euros au joueur.
Le joueur s’est engagé avec le club de Chelsea, avant l’âge de 16 ans (ce qui est interdit, en Angleterre, pour un joueur étranger) où il a joué en équipe réserve, avant de se blesser grièvement en début d’année.
Le club de Lens, contrairement à ce qui s’est passé dans le dossier Taarab, parti à Tottenham, pour lequel les deux clubs ont trouvé un accord, s’est tourné vers la FIFA pour rupture de contrat.
Malgré de nombreuses discussions, aucun accord n’a pu être trouvé entre les deux clubs et la chambre des résolutions des litiges de la FIFA s’est prononcée en faveur de Lens, en prenant des sanctions très lourdes, même si le club de Lens souhaitera, probablement, en appel, obtenir d’avantage :
· le club de Chelsea est condamné à verser au club de Lens, la somme de 130 000 euros et le joueur (solidairement avec le club) devra payer, à son ancien club, 780 000 euros pour non respect de l’accord signé.
· Surtout, le club de Chelsea est interdit de recrutement de joueur, quelque soit sa nationalité, pour la totalité des deux prochains marchés des transferts.
Cette affaire est très intéressante, car elle soulève plusieurs points juridiques :
· un contrat différé, qu’on peut comparer à l’accord de non sollicitation (même si le contrat différé était bilatéral quant le l’A.N.S. n’oblige que le joueur, le club ayant le droit de renoncer à prendre le joueur) a la même valeur que le contrat lui-même,
· le non respect de l’âge légal de 16 ans par Chelsea, alors que les règles de la fédération anglaise sont claires sur ce point a été également réprimé.
Il est intéressant de constater que le non respect d’un accord est puni, dans un milieu où les trahisons et les revirements d’opinion sont légion.
Il faudrait que cela soit le cas, également, pour les contrats signés par les agents avec des tiers, qu’ils soient joueurs ou clubs et que nous puissions également être défendus lorsque nous sommes victimes de non respect des accords passés.
D’autre part, pour la première fois, un club et un joueur sont condamnés à des peines lourdes, alors que, très souvent, seuls les agents qui ont « aidé » à la mise en place de l’opération sont punis. A ma connaissance, d’ailleurs, aucune sanction n’a été demandée envers les deux agents qui ont participé au dossier, même si certains ont laissé entendre qu’ils en étaient les instigateurs principaux.
Comme dans tous les dossiers litigieux, s’il est vrai que les agents participent activement, rien ne pourrait être fait sans la volonté et l’accord des clubs, des joueurs et de leurs parents.
Il est clair que l’intérêt du jeune joueur de partir à l’étranger n’est que rarement vérifié et le nombre d’échecs bien plus important que les succès, même dans les cas où les parents peuvent continuer à suivre leur fils.
Le changement de langue, de culture et de vie sont difficiles à vivre à 16 ou 17 ans.
Par ailleurs, l’attente d’un club sera toujours plus forte vis-à-vis d’un joueur étranger que d’un local et l’impatience est souvent de mise, alors qu’un joueur en formation a besoin de temps et de confiance.
Il faut bien le reconnaître aussi, la formation française est d’excellente qualité et il est préférable, pour un jeune joueur, de continuer e France, sa formation, avant de s’exiler, le cas échant.
La modification de la Charte permettant à un joueur de s’engager dans un autre club français, au lieu de signer avec son club formateur est un premier pas pour éviter l’exode des jeunes talents, dans les clubs étrangers.
Il faudrait aussi que les clubs respectent d’avantage les jeunes joueurs en les payant à la valeur de l’avenir qu’ils prétendent voir en eux et en leur donnant du temps de jeu. L’exemple d’Eden HAZARD à Lille ou de Karim BENZEMA à Lyon, sont, de ce point de vue, remarquables
Enfin, il faudrait, également, permettre aux agents d’être rémunérés pour les joueurs mineurs signant en France. Cela est interdit par la réglementation française, alors que cela est possible pour les joueurs signant à l’étranger. Si un travail a été fait, en suivi de jeunes joueurs, il doit être rémunéré.
C’est en permettant des conditions gagnantes pour les clubs, les joueurs et leurs agents qu’on pourra permettre aux jeunes joueurs de restant en France pour continuer à se former, avant de s’exiler éventuellement, permettant une progression dans leur carrière et une rémunération suffisante et normale au club formateur.
Il est heureux que le non respect d’accord soit puni ; il faut aller plus loin et favoriser toutes les parties qui souhaitent travailler dans la légalité et le respect des règles.
Eric CONTI
21:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : revue de presse, bertrand cauly, collectif agents 2006, fff, agent sportif








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